Milig ar Skañv

Voici vingt ans, le 18 juin 1996, disparaissait Glenmor, Emile Le Scanv à l’état-civil. Il avait 65 ans.
26 juin 1931, Maël-Carhaix – 18 juin 1996,Quimperlé

Ne donnant plus de concert depuis 1990 en raison de problèmes respiratoires, sa situtation financière était délicate, tous les droits de son oeuvre étaient bloqués, et trainait une dette fiscale et bancaire pour s’être porté caution d’une voisine à qui il était venu en aide…

Hommage à Glenmor à Maël-Carhaix

Aujourd’hui, à l’occasion 20 ans de sa disparition, rendez-vous est donné aux bretons à Maël-Carhaix à 17h00 (devant la mairie), avant de se rendre au cimetière où sera dévoilée une stèle sculptée par Fanch Venner, sculpteur Maël-Carhaisien. Seront interprétés des chants en breton par des enfants et des aphorismes seront récités par Katell, sa femme.
Suite du programme:
– Après un dépot de fleurs sur la tombe de GLENMOR un vin d’honneur sera servi a la salle des fètes où le programme se poursuivra par un bara kig breizh a 19h30.
– 20h30: un grand concert de la corale kalon breizh de Laurence Meillarec, Nolwenn Korbell, Didier Dréo et Clarisse Lavanant.

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Qui était-il?

Auteur, compositeur, interprète, écrivain, poète éveilleur des consciences, Glenmor fut celui qui chanta tout haut ce que beaucoup de bretons pensaient tout bas. Il contribua à faire renaître le sentiment de tout un peuple, meurtri très profondément à l’après-guerre, à un moment où la reconstruction de l’Etat français s’accompagnait d’un mépris envers les bretons dits arriérés, sales et illettrés, il cultivait l’espoir que les enfants de Breizh reviennent au pays….
Millig est un personnage complexe, secret même pour ses proches. Mais les certitudes suffisent.

Enfant de ferme, Missionnaire…

Son attachement au terroir est certain. Fils d’un ouvrier agricole travaillant dur pour pouvoir se payer sa propre ferme, Millig est profondément attaché au terroir, à sa terre, pourtant il laissera l’exploitation familiale à son frère André.
Bretonnant de naissance, il dû apprendre le français à l’école, enfant pauvre il poursuivit ses études au petit séminaire de Quintin puis chez les Pères Blancs à Hennebont où sont formés les missionnaires. Il obtînt une licence de philosophie et acquiert une grande maîtrise de la langue française. Il n’emprunta pas la voie missionnaire, croyant mais anti-clérical, il tomba la soutane et parcouru l’Europe de l’Est notamment.

L’artiste sort de l’ombre

Commençant sa carrière artistique en 1958. Malgré des problèmes aux poumons, il effectua des tournées en cabarets et arrière-salles de bistrots, se fait peu à peu connaître. Se produisant jusqu’à 200 concerts par an, des salles restaient pourtantr mystérieusement déserte. Millig dérangeait. Ses mots était ses armes, sa parole emprunte de vérités éveillait des prises de conscience… Mais son message délivrant la liberté de la Bretagne, l’indépendance, la fierté d’être Breton, déplaît à beaucoup, aussi bien aux dirigeants français – censuré, il sera interdit d’antenne (comme d’autres) sous Giscard d’Estaing – mais aussi au peuple breton.
Se revendiquer Breton déplaît dans la Bretagne de l’après-guerre: la Bretagne est en retard économiquement, Breiz Atao a laissé un mauvais souvenir, il est interdit de parler breton tout comme il état interdit de brandir un Gwen ha Du sous peine d’être arrêté. C’est dans ce contexte que Millig est sorti de l’ombre, son verbe dérangeant jusqu’à se faire casser la figure à coup de barre de fer par des Bretons. Le renouveau culturel breton, c’est bien à lui qu’on le doit.
Au réveil de l’identité bretonne Millig avait aussi pour obsession de faire revenir au pays les forces vives de la Bretagne. L’emmigration était encore élevée, les jeunes partaient faire des études ailleurs pour ne plus revenir, les villages et campagnes se vidaient… Avec Xavier Grall, il lança un journal, « La Nation bretonne » (janvier 1970), tous deux furent même inscrits pour les toutes premières élections européennes de 1979, dans la liste conduite par Jean-Edern Hallier: faute de moyens financiers, pas de bulletins, ils appelèrent à voter blanc…

Sur la tombe est écrit :
« Et voici bien ma terre, la vallée de mes amours. »

Milig ar Skañv a réveillé Breizh, redonné espoir, montrer le chemin à d’autres – notamment Gilles Servat, Alan Stivell, mais les années passent, rien n’a véritablement changé. Si aujourd’hui il n’est plus question d’interdire des Gwen ha Du (quoique…) et que l’apprentissage de la langue bretonne est permis grâce au réseau Diwan/Divezh, la déculturation a fait son chemin. Les bretonnants de naissance se font rares, la débretonnisation se poursuit à outrance en Liger-Atlantel et l’uniformisation de l’Hexagone arrive jusqu’à faire oublier aux nouvelles générations vivant en Bretagne ce qu’est leur identité et ce que cela implique.

Désespérément, Breizh attend l’arrivée d’un personnage charismatique qui reprendra la flamme ressuscitée par Glenmor, redonnera espoir et rassemblera derrière lui la majorité des enfants de Breizh pour qu’elle recouvre sa liberté…

*****

Pour mieux connaître Milig ar Skañv, nous vous invitons à voir ou revoir:

documentaire « Music Breizh », FR3 (1998)

Interview rare, à cette époque où Glenmor était censuré dans les médias français:

Interview France Inter (27 oct.1973)

1977 – Interview

Pour mieux le connaître, nous avons choisi de vous sélectionner quelques titres de Glenmor, ci-dessous dans la discographie, mais sachez qu’il existe aussi des ouvrages nombreux.

DISCOGRAPHIE

1961 : EP – Glenmor Ed. Kornog (Tout au bout du sillon, Memento, Les nations, Viviana)
1963 : EP – Les hommes de notre temps (+ De rêves et d’étoiles, Le retour, Les croisades)     1967 : LP (album en public) – Glenmor à la Mutualité à Paris (ed. Ternell)

  « Tu drainais le temps »

1968 : EP – Cet amour-là (+ Sodome, Toi l’enfant, Dieu me damne)
1969 : EP – O Keltia (Cinq chansons en breton), Barclay (+ Koumoulen an hañv, An tousegi, Hiraezh, Groñvel)

« Cet amour-là »           « Dieu me damne »          « Sodome »

1970 : EP – Les temps de la colère, Barclay (+ Les larmes d’un copain, Les chemins de la bohême, Tour de Babel)

« Les temps de la colère »           « Les larmes d’un copain »

1971 : LP – Hommage à Morvan Lebesque (Barclay)

« Les Chemins de la bohème »           « Gavotte Romaine »

1972 : LP- Vivre (Le Chant du Monde)

« Vivre »           « Nous ne ferons pas pleurer Paris »

? : EP – Klemm Breizh-Izel (La plainte de la Bretagne), Sked (+ O Langonnet, Pa vin maro, Kan bale Névénoé)
1973 : LP – Princes, entendez bien… (Le Chant du Monde)

« Princes, entendez-bien »           « Kan Bale »

1974 : LP – Ouvrez les portes de la nuit (Le Chant du Monde)

« Ouvrez les portes de la nuit »           « La contre-Marseillaise »           « Le récit bardique »

« Il ne faut plus tuer »          « La mort de Lez Breizh »           « L’herbe était nouvelle »

1975 : EP – Katell dit Glenmor : Poèmes, Ternell (Ce peuple est fou, Sables et dunes, Aux sans dieu, La demeure est close)
1977 : LP – E dibenn miz gwengolo (Le Chant du Monde)                                                            1978 : LP – Tous ces vingt ans déjà… Pour un vingt ans d’abord (Le Chant du Monde)
1979 : LP – La Coupe et la Mémoire (Arfolk)

« La coupe et la mémoire »

1984 : LP – Tristan Corbière : Le Paria, dit par Glenmor (Arfolk)                                                1985 : LP – Si tu ne chantais pas pour eux à quoi bon demeurer ? (Arfolk/Stern Ha Lugern)    1987 : LP – Après la fleur le fruit, sous la rose l’épine (Escalibur)                                            1987 : LP – En Bretagne, noces et fest-noz (Arion, Barclay) mariage de Glenmor et Katell réédition CD Katell dit Glenmor 1 et 2                                                                                                1990 : LP (compilation) – Les principales œuvres Prod. Ar Folk/Escalibur (dist. Coop Breizh9)                                                                                                                                                        1998 : LP (compilation) – Apocalypse (2 CD An Distro/Coop Breizh 2004)                            2011 : LP (compilation) – L’intégrale (6 CD An Distro/Coop Breizh )10

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Contre Marseillaise

Il ne viendra jamais le temps
de sonner le glas de notre histoire
mon pays n’est pas mort
vous n’êtes pas vainqueurs
ils viennent sur les ailes du vent
en besace toutes les mémoires
d’un peuple en danger qui veut vivre encore
Et nous garderons nos mirages d’Eté
pour draper le temps des gélivures
et nous bouterons nos fêtes levées
en dehors le champ d’outre-clôture

Il ne viendra jamais le temps
d’émonder le chêne de beau lignage
nous rêvons encore
et vous manquez d’honneur
ils tiennent maunoir taille d’arrêt
cloche douce sonnant au village
ils vivent ici et se gardent de dehors
Et nous tonneront nos chansons d’Eté
pour brouiller le chant des citadelles
et nous mèneront nos chasses gardées
au pied des remparts de vos tourelles

Il ne viendra jamais le temps
de baisser l’orgueil de nos manières
mon pays vit encore
vous ne serez vainqueurs
nous sommes d’usine et de labour
en besace toutes les misères
d’un peuple vagabond aux heures du retour
Nous avons gardé vives ou mortes saisons
nos âtres chauffés nos souvenances
nous avons brodé sur chaque haillon
en rouge sang : merde à la France

 

 

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