LES BRETONS SONT-ILS TOUS DES CLOCHES ?

CMQ – 2016.03/387

Samedi dernier (26 mars) rendez-vous était donné à 11h30 pour tous les défenseurs de la langue bretonne en place du Parlement de Bretagne à Roazhon. Quel constat fait suite à ce triste rassemblement qui n’a réussi à rassembler que quelques dizaines de personnes?
– Problème de logistique, de communciation?
Ce rassemblement était organisé par le Collectif Stourmomp Asambles’vit ar Brezhoneg (Combattons ensemble pour la langue bretonne) et était soutenu par des mouvements tels que Ai’ta, Breizhistance, Breizh Impact, UDB, MBP (Mouvement Bretagne Progrès), Breizh Europa…
– Problème de calendrier, de météo?
Pas d’autre mobilisation importante ce jour-là en Breizh, une météo habituelle… Les Bretons seraient-ils devenus aussi frileux qu’ils ne sont actifs derrière leurs claviers?
– Un ras-le-bol des mobilisations au pays? Trop de rassemblements tuerait-il la mobilisation?
Le cumul des manifestations et le trop peu de résultats auraient-ils eu raison de cette capacité qu’ont toujours eu les Bretons à défendre leurs intérêts?
– La crise économique, l’état d’urgence dans l’Hexagone?
Probablement pas! Tout récemment eût lieu un rassemblement contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui pu réunir plusieurs milliers de personnes… Cette fois, à Rennes il était question de notre langue, de notre identitéet pourtant…

Pourtant, l’heure est grave! La langue bretonne est toujours en danger. La protection de la langue bretonne est un impératif de plus en plus urgent, les revendications n’ont guère changé, et force est de constater que l’Etat français,( y compris la Région Bretagne) ne montraient guère de volonté à assurer l’avenir de notre langue.
– Ratification de la Charte européenne des langues régionales minoritaires autochtones: la France ne l’a toujours pas fait, problème de constitutionalité indécrottable! Contrairement à ses voisins européens, elle traîne des pieds. Si la co-officialité de langues ne semble poser aucun problème chez eux, pour la France cela paraît un défi insurmontable car il ferait tanguer le navire républicain et son unité indivisible. Vous noterez que depuis quelques années, le navire semble sombrer sans le concours de la langue bretonne…
– Télévision régionale: TV Breizh n’a plus de breton que le nom! Impératifs économiques obligent! La création d’une nouvelle émission hebdomadaire en langue bretonne diffusée sur le service public, et à une heure de grande écoute, constitue un soutien conséquent.
– Radio: l’obtention d’une fréquence qui permettrait de diffuser sur l’ensemble de la Bretagne historique (sur les 5 départements administratifs) avec des programmes en langue bretonne (avec une place pour le Gallo) constitue aussi une revendication légitime car nécessaire pour défendre notre langue.
Télévision et Radio, nos cousins Celtes l’ont, ils permettent de cultiver et de cimenter les populations, d’affirmer leur identité. Autant dire qu’il n’est question pour l’Etat français de laisser les Bretons disposer d’un tel levier, la simple ratification de la Charte européenne consituant déjà un danger, comment pouvons-nous croire que la « patrie des droits de l’homme » nous octroiera cette facilité à retrouver notre culture, notre identité!
– Plus de breton dans l’espace public, développement de la signalétique bilingue: pas beaucoup d’évolution! Combien de communes traînent encore des pieds, ne serait-ce que d’afficher leurs panneaux d’entrée et de sortie de leurs cités? La mise en place toute récente de nouveaux panneaux aux portes de la Bretagne administrative témoigne du manque de volonté évidente des pouvoirs publics, non?

– Budget régional consacré à nos langues. Le Conseil régional vient de statuer sur son budget 2016. Faire passer à 4€ par habitant le budget consacré à notre langue prouverait que la volonté politique est là. Doubler ce budget est-il sérieux en cette période de crise?
A titre de comparaison, nous vous laissons juge de l’effort consenti en 2015 par quelques-uns de nos voisins européens:
Catalogne: 21€/hab.
Pays de Galles: 11€/hab.
Corse: 7€/hab.
Bretagne: 1,20€/hab.

Eloquent non?
Si le budget 2016 de la région Bretagne est en baisse par rapport à l’année passée, il reste de 1,321 Mds €. Il est annoncé que celui de la culture est en hausse de 500.000€… Pour l’heure, nous ne sommes pas en mesure de donner le budget qui sera alloué exclusivement à la langue bretonne, impossible donc de savoir s’il est en augmentation, ou pas.
Au cours du dernier Conseil régional (la semaine dernière) deux postes semblent intéresser ce sujet:
520 M€ pour: « Poursuivre le developpement des compétences humaines, première richesse bretonne (apprentissage, formation professionnelle, plan de mobilisation pour l’emploi en Bretagne, enseignement supérieur et reherche, formation sanitaire et sociale, lycée, construction des lycées de Ploërmel de de Liffré, et langues de Bretagne.
68 M€: pour « Favoriser l’attractivité de la bzh, son rayonnement et sa vitalité culturelle ».
En pareille situation, quelles perspectives nous restent -ils? Puisqu’il s’avère que l’intérêt des Bretons envers leur langue est le même que celui de l’Etat, pourquoi continuer à vouloir la défendre?
Autant il peut être acceptable que les D’A-Côtés fassent de la résistance à promouvoir une langue autre que la langue française parce qu’ils considèrent qu’elle peut être source d’une renaissance identitaire susceptible de mettre en danger son intégrité territoriale,
Autant il ne peut être concevable que bon nombre de résidents en Breizh considèrent que la langue bretonne n’entre pas dans leurs priorités – surtout en contexte de crise économique perdurante – et que dans leur majorité ils puissent se sentir bretons et français, résultante d’une assimilation qui ne date pas d’hier,
Autant il est inimaginable qu’il y ait si peu de Bretons concernés par la défense de leur langue!

Ce rendez-vous de Roazhon était l’occasion de montrer aux pouvoirs publics que nous tenions à notre langue, que nous étions nombreux à vouloir la défendre et la promouvoir. Il aurait pu constituer ce contre-poids citoyen qui aurait prouver que nous sommes nombreux à vouloir infléchir une situation dramatique. Rendez-vous manqué!
Le message envoyé samedi dernier est clair: il est inutile de dépenser un kopeck pour la langue bretonne, elle n’intéresse plus personne, seuls quelques dizaines de Bretons sont encore bretons… A moins que ce ne soit parce qu’en majorité nous pensons que notre langue est déjà sauvée?
A l’instar de tous les autres combats que mènent les Bretons concernant la Réunification de la Bretagne, l’emploi, la crise agro-alimentaire, Notre-Dame-des-Landes et bien d’autres dossiers brûlants imposés par la France, il serait peut-être temps que les Bretons prennent conscience qu’il n’y a rien à attendre de l’Etat français pas plus que de la majorité de leurs élus concernant leurs revendications dès lors qu’elles sortent de la ligne rigide tracée par Paris. Toute lutte ne peut se gagner que si nous sommes en nombre et unis!
Nous sommes très loin de cette mobilisation bretonne qui naquit en 1975 au sujet de l’implantation d’une centrale nucléaire à Plogoff, cinq années de luttes ont réussi à faire reculer EDF et l’Etat français. Plus près de nous, bien d’autres décisions sont prises à notre insu et/ou contre notre volonté: décharge publique à Brocéliande, Extraction de sables en baie de Lannion (cf Peuple des Dunes), Extractions minières (cf Variscan), Réforme territoriale, débretonnisations insidieuses lors de fusions de communes ou de rues débaptisées etc… et l’apathie générale perdure.
Il est à craindre le pire pour demain si l’ensemble des Bretons ne se réveillent pas! Les résultats de la dernière consultation électorale (Régionales 2015) tendent à prouver qu’ils ne sont satisfaits de leur sort et du contexte actuel. Ceux qui proposent de changer le système, ceux qui ont conscience que l’avenir de Breizh et celui de l’ensemble des habitants de Bretagne ne peut passer que par des choix qui sortent des décisions prises à Paris et Bruxelles.

Alors, qui sont les cloches?
Ceux qui ont choisi cette voie de la différence, celle d’une prise de décision pour Breizh, pour et par ses habitants?
Ceux qui perdent temps, argent et énergie à défendre leur avenir, leur identité?
Ceux qui ne bougent pas, qui continuent de croire que leur futur repose sur les trouvailles qui naîtront à Paris, dans des cerveaux jacobins?
Ceux qui sont convaincus du chemin à prendre mais qui refusent de céder à toute sirène d’Union Sacrée qui permettrait d’agir tous ensemble et de manière concertée?
Pendant combien de temps allons-nous baisser l’échine et nous laisser spolier de nos biens et de notre identité?
Quand un peuple ne défend plus ses libertés et ses droits, il devient mûr pour l’esclavage. Certains Bretons semblent l’apprécier…
Nous non!
“Kentoc’h Mervel eget Bezan Saotret”
(Plutôt la Mort que la souillure)
Bevet Breizh

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